Le belvédère de Daraxa

Le belvédère de Daraxa

Brève description du monument

Le belvédère est la partie de la salle des Deux Sœurs qui donne sur le jardin. Peintres, poètes et architectes y ont passé des heures à travailler. Avant la construction des appartements de Charles Quint, on y avait une vue sur toute Grenade. Cette petite pièce d'environ 4,5 m sur 3 m possède trois fenêtres hautes ; elle est ornée de vers, et le regard voudrait saisir chaque détail de sa coupole. Comme dans toute l'architecture musulmane, trois figures principales dominent le décor : le triangle rectangle, le rectangle et le triangle isocèle.

Histoire du monument

Depuis la salle des Ajimeces, on entre dans le belvédère par un grand arc brisé à muqarnas, dont les jambages portent un poème, au-dessus d'une plinthe d'azulejos noirs, blancs et jaunes, d'une grande beauté par la finesse et l'habileté avec lesquelles fut réalisé son motif complexe. Le sol est également carrelé, bien que très abîmé.

Ce belvédère porte aussi le nom de Lindaraja, qui dérive d'Ayn Dar Aisha, « les yeux de la maison d'Aïcha ». Il fut restauré par Rafael Contreras entre 1879 et 1880, puis entre 1883 et 1884.

L'intérieur du belvédère est une petite pièce rectangulaire, avec deux arcs latéraux et un arc double face à l'entrée, qui donne sur la cour de Daraxa, fermée plus tard par les appartements de Charles Quint. Au-dessus des fenêtres, des arcs brisés à muqarnas portent sur leurs panneaux des inscriptions à la louange de Dieu et de Mohammed V, ainsi que des poèmes.

Niche de droite (Ibn Zamrak, d'après la traduction espagnole d'Emilio García Gómez) :

Chaque art m'a offert sa beauté,
en me donnant perfection et splendeur.
Qui me voit m'imagine à toute heure
offrant à l'aiguière ce qu'elle désire.
À qui regarde et médite,
la vue dément sa pensée,
car je suis si diaphane qu'il voit la lune,
heureuse, se poser en moi comme en un halo.
Niche de gauche :
Je ne suis pas seule : mon jardin a créé
un prodige tel que nul œil n'en vit d'égal :
un sol de cristal que celui qui le regarde
croit être une mer effrayante, et il prend peur.
Tout ceci est l'œuvre de l'imam Ibn Nasr
(que Dieu garde sa majesté parmi les rois !).
Sa famille gagna la gloire depuis longtemps
pour avoir accueilli le Prophète et les siens.

Le belvédère est couvert d'un plafond de bois aux vitraux d'origine de l'époque nasride : « La lumière est une, mais la couleur est variée », lit-on dans le poème de ce belvédère. Lorsque la cour en contrebas n'était pas encore fermée, on pouvait contempler l'Albaicín, assis par terre, le bras appuyé sur l'appui de la fenêtre. « Mes charmes sont tels que, dans leur ciel, les astres les imitent. »

Selon Rafael Pérez Gómez, l'Alhambra est le seul endroit où les géomètres et dessinateurs arabes ont représenté chacun des 17 groupes cristallographiques plans définis par le Russe Fedorov. Mais dans le belvédère de Daraxa, ils ont réalisé un « piège géométrique » : ils ont tracé dans la plinthe de céramique un polygone à neuf côtés, figure impossible à construire à la règle et au compas, les instruments qu'ils utilisaient.